La tribune de la K’FET avec Michel LAUNAY
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La tribune de la K’FET avec Michel LAUNAY

Par Michel Rollo
le 21 Nov 2019

Intéressante réflexion à méditer avec cet interview d’un sage qui, plus que n’importe lequel d’entre nous a pu mesurer sur 8 décennies, toutes juste écloses, la mutation du football. Fait de passion, de plaisir et de joutes inter clochers,sur des infrastructures bien souvent incultes hier, le football est devenu puissance économique, source de profits, de faire valoir et de démesures financières liées  au résultat et à un marché  dénaturant le sport en lui-même. Un arrêt sur image, où en quelques lignes Michel LAUNAY, 80 ans cette semaine, brasse à la fois l’évolution de l’approche technique enfermée dans des schémas tactiques figeant l’initiative, et la transformation sociétale, où le jeune n’est plus là pour faire équipe, mais davantage centré sur la mesure de sa performance individuelle. Riche encore cet interview, où sans fausse modestie, il nous dit préférer voir s’afficher sur une pelouse, un match où sont rassemblés les véritables valeurs, et l’esprit inculqué par les éducateurs de la TA. Là, il peut encore prendre son pied,  dans de bons matchs plutôt plutôt que regarder un match pro à la TV, même quand la TA perd comme ce fut le cas contre CHATEAUBRIANT. ….Petit peut-être, mais un grand MONSIEUR et un toujours jeune dirigeant ……..Happy birthday  Michel

 

 

« A la TA, l’esprit est sain avec un côté familial important » M. LAUNAY

Quel est ton regard sur le football actuel ?

Je trouve que toutes les équipes évoluent de la même façon. Au niveau du jeu offensif, on ne se projette pas assez vite vers l’avant. On a toujours tendance à repasser par l’arrière. C’est ce que font la plupart des équipes françaises professionnelles. Et des équipes, comme la nôtre, ont tendance à faire la même chose. Je n’aime pas comparer les époques. Auparavant, techniquement c’était bien. Aujourd’hui, le physique a tellement évolué que ça explique  en partie le pressing effectué sur le porteur du ballon. C’est peut-être pour cela, que ça devient difficile pour les défenseurs de relancer vers des milieux de terrain que je trouve souvent trop statiques. Du coup, les défenseurs sont obligés d’allonger.

La disparition du numéro 10 t’inspire quoi ?

C’est un joueur qui doit être libre, sans consigne. On fait une équipe en fonction des joueurs que l’on a et non l’inverse.  Mais, pour moi, le numéro 10 est indispensable dans une équipe. C’est le créateur. Je trouve qu’aujourd’hui on enferme trop les joueurs dans des schémas tactiques. On ne leur laisse pas suffisamment de liberté.  Est-ce normal d’empêcher un attaquant de dribbler, de tirer spontanément au but ?

As-tu constaté un changement dans le comportement des joueurs ?

Ils en rajoutent énormément, notamment sur des tacles. Ils manquent de modestie, de simplicité, avec des réactions étonnantes, notamment chez les U11, U13. Ils ont vu les pros se comporter ainsi à la télé. Sans oublier l’influence des parents qui vont dans le même sens que leurs enfants.  Le rôle des éducateurs est d’empêcher tout cela, de s’imposer vis-à-vis des enfants et des parents, de défendre les arbitres, notamment les jeunes arbitres.

Le football actuel t’enthousiasme ?

Non. J’éprouve plus de plaisir à venir voir la TA plutôt que d’assister ou de regarder à des matches de professionnels. Cette année, j’ai vu des bons matches avec la TA. Y compris à Châteaubriant, en Coupe dernièrement, où l’adversaire était meilleur. Mais c’était un bon match.  A ce sujet, il faut souligner  le travail de Jacques Le Normand. Tout comme celui de Marc Perrot au niveau des éducateurs.

La TA doit conserver certaines valeurs ?

Absolument. L’état d’esprit est sain. Le côté familial est important avec des parents qui s’investissent. Si certains comportements sont mauvais, les jeunes sont immédiatement remis en place. Mais il y a une différence entre la TA d’aujourd’hui et celle d’antan. Quand j’ai commencé à m’occuper des pupilles, dans la Zup sud, ils étaient 100 et on était deux éducateurs. Des juniors venaient donner un coup de main pour les séances. Aujourd’hui, tous les éducateurs, trouvés par Marc Perrot, ont leurs diplômes, une mentalité irréprochable. Ils restent dans leur rôle, bien aidés par des bons dirigeants.

Si tu devais définir la TA avec un seul mot ?

Cela demande réflexion. J’aurais plusieurs mots. Une évolution au niveau des entraînements, leur qualité qui a progressé. Elle a été essentielle. On a eu des départs pour différentes raisons. La plupart des joueurs qui signent à la TA, alors qu’ils viennent de l’extérieur, le font parce que les entraînements sont bons.  Ils font rester les joueurs qui ont le sentiment de progresser.

Trouver des dirigeants est chose aisée aujourd’hui ?

Non. Avant il y avait des dirigeants qui accompagnaient les éducateurs et qui faisaient un travail énorme. Cela existe encore aujourd’hui mais on a vu des dirigeants qui sont venus à la TA pour se faire mousser. Ils n’ont rien fait et se permettent de juger encore le club. Ce n’est pas bien. Un bon dirigeant doit être un anti « je ». René Piel, décédé en septembre, a été un dirigeant discret, plein d’humilité, qui réalisait le travail ingrat. Pour moi, il a été un modèle de dirigeant.